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CONFLIT ENTRE LES CIMENTERIES ET L’ETAT DU SÉNÉGAL SUR LE PRIX DU CIMENT

 
 

LES TAXES DE LA DISCORDE !

 

«Nous avons atteint nos limites. Nos cimenteries sont de moins en moins rentables. Nous sommes obligés de défendre leur avenir». Ce cri de cœur est celui d’un industriel du ciment. A en croire notre source, les industriels sont étranglés par les taxes de l’Etat. D’abord, la CSMC arrêtée à 5 % sur le prix de la tonne. Puis, une taxe spéciale de 3000 F HT/Tonne sur le ciment depuis 2017. Face à cet état de fait, les industriels ont été contraints de réagir pour ne pas voir leurs entreprises mettre la clé sous le paillasson. D’où cette augmentation de près de 5000 F CFA sur la tonne qui a poussé l’Etat, que les industriels considèrent pourtant comme seul responsable, à sortir de ses gonds et à brandir sa menace de sanction.

 

Les industriels de la cimenterie ne comptent pas se plier à l’arrêté fixant les prix plafond du ciment, pris le 6 juin dernier par le ministre du Commerce, de la consommation du secteur informel et des PME. Au contraire ! Ils vont même engager une bataille judiciaire contre l’Etat, seul responsable, selon eux, de ce qui arrive aux consommateurs et aux cimentiers à cause de la multiplication des taxes. Certains d’entre eux que nous avons interpellés n’arrivent toujours pas à comprendre la démarche entreprise par l’Etat du Sénégal, alors qu’il serait à l’origine du mal. 

TAXES DE L’ETAT

Selon les industriels, à partir de l’année 2017, l’Etat du Sénégal a procédé à des prélèvements, au profit de son budget, d’une Contribution spéciale sur les produits des mines et carrières (CSMC) de 5 % du prix de la tonne (extrait de l’article 18 de la loi des finances 2017). Puis, il a eu recours à une taxe spéciale sur le ciment de 3000 F HT/Tonne en 2017. Il s’agit de l’article 22 de la loi des finances 2017 qui, en son alinéa 3, dispose que «(…) cette taxe frappe les livraisons de ciment à un tarif fixé à 3 francs par kilogramme de ciment». Ce sont ces taxes de «trop» qui semblent être la pomme de la discorde. 

Pourtant, confient les industriels, «les services de la Direction générale des impôts et domaines (DGID) avaient bien indiqué que le montant de la taxe est à ajouter à la base de calcul de la TVA». Ce que certains industriels ont appliqué à la lettre depuis le 1er janvier 2017.

Ainsi, la taxe instaurée par l’Etat est supposée avoir un impact de plus de 3540 F TTC/ tonne directement sur le prix du consommateur sénégalais. Toutefois, malgré les taxes de plus en plus nombreuses du fisc sénégalais, les industriels soutiennent avoir maintenu des prix les plus bas de la sous-région.

Chiffres à l’appui, ils avancent même que le consommateur des autres pays de l’UEMOA achète la tonne de ciment avec 15.000 F CFA de plus que les Sénégalais.

En Mauritanie par exemple, la tonne est cédée à 123 dollars (pour les sacs de 32,5) et à 132 dollars (pour les sacs de 42,5) ; au Mali (CEMII 32,5 à 165 dollars) ; en Guinée-Bissau (CEMII 32,5 à 165 dollars) ; en Guinée (CEMII 32,5 à 150 dollars contre 157 dollars pour le tonne du ciment CEMII 42,5). Idem dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, le Liberia, le Burkina Faso, le Nigeria, le Togo, le Ghana, le Niger, le Bénin. Alors qu’au Sénégal, le prix de vente de la tonne du ciment sur le marché en mai 2018 était à 113 dollars (pour le CEMII 32,5) et 119 dollars (CEMII 42,5).

RAISONS DE LA HAUSSE

Pour justifier les raisons de la hausse du prix de la tonne de ciment, les industriels que nous avons contactés mettent l’accent sur «une décennie (2008-2018) de baisse ininterrompue où les prix de ciment ont régressé de plus de 15.000 F CFA /T, soit une baisse de 25 à 30 % au bénéfice du consommateur local». Paradoxalement, déplorent-ils, «l’Etat du Sénégal a posé les jalons d’une augmentation des prix au détriment des consommateurs, contrairement à ce que veut faire croire le ministère du Commerce aux Sénégalais». «Ceci, en mettant en place des taxes sur le ciment que les industriels sont tenus de répercuter aux consommateurs», soutiennent-ils pour justifier la hausse. «Nous avons atteint nos limites. Les cimenteries sont de moins en moins rentables et sont obligées de défendre leur avenir», tonne d’ailleurs l’un des industriels.

QUAND LES COUTS DE PRODUCTION FLAMBENT

Les industriels ont également tenu à relever les coûts de facteurs de production qui ne cessent de flamber au Sénégal par rapport à la sous-région. Ainsi, citent-ils la «houille» qui est la principale source d’énergie des cimenteries, pesant de plus de 50 % des coûts du clinker matière semi-finie du ciment.  Mieux, ajoutent-ils, «les cours du charbon ont augmenté de plus de 20 % entre 2016 et fin 2017 et de 80 % entre 2017 et 2018».

Autres coûts, ce sont les surestaries. «Depuis l’arrivée de Necotrans au Port vraquier du PA, les temps d’attente des bateaux vont de 2 à 3 semaines avec des pénalités journalières pour les cimentiers importateurs de 15.000 à 18.000 dollars US par jour», peste un autre industriel. Avant de s’empresser d’ajouter : «auparavant, les bateaux entraient au Port en moins de 24 heures pour accoster aux postes de déchargement». Last but not least, le papier, qui sert d’emballage du ciment a, lui aussi, explosé avec une augmentation du prix de l’ordre de 15 à 20 %, soutiennent les industriels.

L’ETAT, SEUL  RESPONSABLE

En conclusion, les industriels du ciment déclarent que «les taxes sur le ciment et leurs effets induits représentent près de 80 % des 4800 à 5000 F CFA d’augmentation de prix annoncés par les cimentiers. La part restante de l’augmentation n’étant même pas suffisante pour compenser les impacts liés au renchérissement des facteurs de production en une seule année. C’est donc dire que l’Etat qui crie est largement responsable de ce qui arrive aux consommateurs et aux cimentiers».