Mai 68: en Italie, une si longue contestation

Mai 68, pour la péninsule, est un « mai rampant ». Une expression pour qualifier une longue contestation - jusque dans les années 70 - même si le mois de mai comme ailleurs dans le monde est particulièrement marqué par de longues grèves, manifestations et affrontements dans les rues.

Les protestations étudiantes ont comme ailleurs dans le monde leurs dates gravées dans l’histoire. En janvier 66, c'est la toute première occupation d’université à Trente. Puis ce qui met le feu aux poudres au printemps 68 : la bataille de Valle Giuila, à Rome le 1er mars. Les étudiants de l’école d’architecture veulent récupérer leurs locaux face à la police, l’extrême droite est aussi dans la rue. Bilan : 158 blessés du côté policier, plusieurs centaines chez les étudiants. Les étudiants, plus qu’ailleurs se joignent aussi aux ouvriers.

Pour Anne Mariinen, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris 8 : « Il y aura une fraternisation réelle dans un certain nombre d’endroits, des usines, des manifestations des grèves générales, comme à Pise, qui vont paralyser entièrement la ville. Pourquoi elle fonctionne ? Il y a un contexte économique particulier avec le boom qui a lieu au début des années 60 et qui va générer des conditions de tensions extrêmes, un exode rural très fort, une industrialisation accélérée avec des cadences dénoncées justement par les ouvriers. Et puis il y a le problème de la surpopulation dans des quartiers assez sordides dus à cet afflux d’exode rural et cette croissance des grandes métropoles. On est dans des conditions d’exaspération à ce moment-là beaucoup plus fortes en Italie qu’en France. »