Nous ne pouvons pas consacrer le budget du Sénégal à l’enseignement

Le Sénégal est un pays pauvre avec des sur-priorités. Il ne peut pas consacrer son budget à l’enseignement. Les propos sont du directeur de la Formation et de la Communication du ministère de l’Education nationale. Mamadou Moustapha Diagne soutient tout de même que la dette due aux enseignants sera épuisée d’ici deux ou trois ans.

Le chef de l’Etat veut une année apaisée. Concrètement, qu’est-ce que le gouvernement a fait pour convaincre les enseignants ?

Le gouvernement a beaucoup fait en direction des syndicats d’enseignants. Si vous prenez la plateforme, il y a plusieurs points. Il y a ceux qui ont été déjà étudiés, d’autres en cours et ceux qui n’ont pas été exécutés. Mais, pour l’essentiel, ce qui concernait la marque des enseignants, c’est ce qu’on appelait les lenteurs administratives, notamment la production d’actes de reclassement, d’intégration, d’avancement, de mise en solde…

L’enseignant restait des années sans pouvoir bénéficier  d’actes qui puissent relancer sa carrière. Depuis 2014, après une opération coup de poing du ministère de la Fonction publique, des milliers et des milliers d’actes ont été produits et ça, les enseignants le savent très bien. Pour ce qui est de la mise en solde, plus de 1 000 enseignants sont mis en solde chaque mois.

Pour les rappels, aussi bien les rappels d’intégration,  de validation ou d’avancement, chaque jour,  des enseignants reçoivent ces rappels-là. C’était le premier ordre de réponse fait par le gouvernement à l’endroit des syndicats. Vous prenez le problème de la formation des enseignants. Il y a ce qu’on appelle la formation continue et diplômante. Depuis 3 ans, chaque année, plus de 3 000 enseignants sont formés dans les centres régionaux de formation des professionnels de l’éducation.

Au moment où je vous parle, il y une  cohorte  qui est en cours de formation. Si vous allez à la FASTEF,  il y a les titulaires de diplômes spéciaux qui sont en train d’être formés. Si vous prenez l’habitat, des  centaines de titres de propriété ont été octroyés à des enseignants.

Donc, ce sont des réponses apportées par le gouvernement et qui  concernent la plus grande partie des enseignants. Il y a ce qu’on appelle les reclassés de 2006  victimes de surimposition,  ils ont reçu leur argent. On a des questions sur lesquelles le gouvernement a apporté des réponses très concrètes.

Qu’en est-il des questions à incidences financières ?

Sur les revendications portant alignement des enseignants sur les autres corps de même grade, c'est-à-dire si le magistrat a une indemnité de 500 000 F CFA, donc un enseignant du secondaire doit avoir la même indemnité.  Peut-être que le policier a 100 000 F CFA, je ne sais pas, l’enseignant du primaire doit avoir 100 000 F. C’est une revendication très difficile, parce qu’elle a une incidence financière très conséquente.

C'est-à-dire, si nous voulons augmenter tout de suite 50 000, 100 000 ou 200 000 F selon les ordres d’enseignement, ce serait extrêmement difficile. Le président de la République a commandité une institution sur le système de rémunération des agents de l’Etat. Nous sommes d’accord que l’enseignant doit être motivé, surtout ceux qui sont dans les zones enclavées comme Matam, Sedhiou, Kédougou… Mais il faudrait qu’on puisse le faire.

Encore qu’il y a la masse salariale qui ne peut pas dépasser 35 % des recettes fiscales. Encore que nous avons un budget qui n’est pas élastique. Il est fixé à 3 700 milliards, alors que nous sommes un pays pauvre avec des priorités et des sur-priorités. Nous ne pouvons pas consacrer le budget du Sénégal à l’enseignement.

Il fut des années ou les enseignants avaient des problèmes de salaire. Ils travaillaient jusqu'à la fin du mois et percevaient leur salaire le 10 ou le 20. Il fut un temps où les vacataires étaient payés une fois par an. Il fut un temps où l’enseignant pouvait démarrer avec 50 000 F. Aujourd’hui, c’est trois fois plus que ça.

Aussi bien le gouvernement actuel que les autres gouvernements ont fait des efforts à l’endroit des enseignants. Pour des questions à incidences financières, l’Etat est en train de les étudier. Il y a des choses, même si on le voulait, le gouvernement ne pourrait pas. Ou le Sénégal se retrouvera avec une masse salariale telle qu’on ne pourrait plus payer des salaires.

Voilà deux ans que le document sur le régime indemnitaire existe et rien n’a été proposé. A quand les négociations ?

Ce n’est pas deux ans, c’est l’année dernière. C’est vrai qu’il y a une sorte d’injustice dans le système de rémunération, mais ce n’est pas le président Macky Sall. C’est son prédécesseur qui a déstructuré le système de rémunération de la Fonction publique.

Pour corriger cela, il faut soit niveler par le bas, dans  ce cas, les autres (corps des agents de l’Etat) vont dire que ce n’est pas possible. Si on nivelle par le haut, le  gouvernement ne le pourrait pas. C’est une question très, très difficile. Il faut que tout le monde le comprenne et fasse des concessions. On a besoin de temps et d’argent pour régler cette question.

Il y a d’autres revendications qu’on pourrait traiter plus rapidement. Pour le cas des mises en solde par exemple, il était prévu 10 000, mais les enseignants disent que le chiffre ne sera pas atteint. Qu’est-ce qui se passe ?

Nous sommes dans l’ordre des prévisions. Vous savez, les dossiers de mise en solde, on ne les prend pas pour les amener aux Finances. Ils transitent par le ministère de l’Education nationale, la Fonction publique, font un circuit de visa à la primature, avant de retourner à la Fonction publique pour atterrir en mise en solde au niveau des Finances. Ce qui fait que les dossiers n’arrivent pas en même temps. De plus, il y a des quotas chaque mois. Il y  a donc des réglages que nous faisons.

Nous sommes à près de 7 000, encore qu’il faut vérifier ce chiffre. Ce qui est important, c’est que nous ne sommes pas loin des engagements du chef de l’Etat. Tous ceux qui suivent ce dossier-là ont constaté que le gouvernement est en train de faire des efforts par rapport aux lenteurs administratives. Les enseignants eux-mêmes peuvent en témoigner.

Pourtant, le ministère de l’Education est pointé du doigt. Les états des sommes perçues n’arrivent pas en nombre et il y a beaucoup d’erreurs occasionnant des rejets. Qu’en dites-vous ?

Les erreurs ne proviennent pas du ministère de l’Education. Elles proviennent souvent des dossiers qui atterrissent. Si vous vous trompez sur une date de naissance, si vous vous trompez sur les calculs, il est évident que le dossier est rejeté. Encore qu’au niveau de la DRH, un système est mis en place de diligenter dans les meilleurs délais.

A combien s’élève le stock, en termes d’intégration, de reclassement, d’avancement… ?

Franchement, je ne saurais le dire. On peut avoir les chiffres peut-être à la DRH ou aux Finances, mais moi, en tant que DFC (directeur de la Formation et de la Communication) je ne saurais le dire.

Qu’en est-il de la dette que l’Etat doit aux enseignants ?

On ne peut pas parler en termes de dette. L’Etat doit de l’argent à des fournisseurs et autres. C’est une question dynamique. L’Etat avance chaque jour une somme sur sa dette. Je pense que ce qui est important, c’est que l’Etat s’est résolu à résorber ce gap dans les meilleurs délais.

En 2016, le président avait fait des engagements chiffrés à 24 milliards de rappel. Peut-on s’attendre à ce qu’il en soit ainsi en 2017/2018 ?

Ce qui est  important, c’est ce qu’on est en train de faire. Que ce soit les rappels d’avancement, d’intégration, les choses sont programmées. Le ministère des Finances ne peut pas se réveiller et éponger complètement tous ces rappels-là.

A chaque fois qu’il y a un dossier de reclassement, il y a des rappels qui y sont attachés. Ce qui est important est que nous sommes en train de résorber le gap. Je vous dis que d’ici deux à trois ans, nous aurons épongé ce que vous appelez la dette par rapport à ces rappels.