RÉAMÉNAGEMENT DU CALENDRIER SCOLAIRE À MBOUR, KOLDA, SAINT-LOUIS, SÉDHIOU…

LES ÉLÈVES, SOUS HANTISE !

Plus de 460 heures, soit 36% sur la base des 1290 heures instaurées par le décret pour un « plan de secours » de deux semaines, comment terminer le programme avec toutes ces heures qui sautent ? Si les élèves dans la plupart des écoles et établissements privés ont quasi bouclé le programme scolaire à quelques encablures des examens nationaux, c’est un véritable cauchemar pour les potaches dans le public. A Mbour, les acteurs vivent sous la hantise d’éventuels résultats catastrophiques alors qu’à Saint-Louis, l’inquiétude est la chose est la mieux partagée chez les candidats aux divers examens nationaux. Dans le même temps, Kolda et Sédhiou qui craignent l’hivernage déjà imminent avec des abris provisoires s’investissent «au forceps» à boucler l’année scolaire.

 

MBOUR : Des lycéens, en proie au spectre de l’hécatombe
 
L e retour au déroulement normal des enseignements-apprentissages n’est pas sans effet sur le moral des apprenants, dans une période d’évaluation de fin de semestre et des examens de fin d’année. Après quatre mois de grèves des syndicats d’enseignants, ils retrouvent le sourire sur fond d’amertume et de stress. Pour une jeune lycéenne de Mbour, les choses vont être dures pour les élèves n’ayant pas les moyens de payer un encadrement à domicile. Des lycéens craignent ainsi l’hécatombe. Selon elle, les cours de rattrapage initiés sont faits dans un cadre exceptionnel pour sauver l’année. Les épreuves proposées, pour elle, ne tiennent pas compte des situations particulières mais des niveaux par rapport aux classes et au cycle dans lequel se trouvent les élèves. Elle avance pour autant : « nous sommes sacrifiés depuis plusieurs années avec des programmes inachevés ou des chapitres compilés. Nous sommes très sollicités pour rattraper du temps perdu. Nous n’allons pas disposer d’assez de temps pour faire des révisions, malgré le prolongement de l’année et la programmation différée des examens ». Non sans proposer une prolongation de l’année scolaire par une programmation des examens au mois d’octobre, laissant le temps aux élèves de revenir largement sur beaucoup de choses. Interrogés sur l’avancement des programmes et la fin de l’année scolaire, des lycéens pensent d’ailleurs que : « le problème n’est pas de terminer un programme, mais plutôt d’assimiler des enseignements pour réagir positivement aux épreuves. Les élèves disposant d’un programme d’encadrement particulier ayant la possibilité d’avoir des cours particuliers à domicile ne se soucient de rien ». Ils bénéficient, disent-ils, d’un encadrement à tout moment et sont au même niveau que les élèves du privé qui ont suivi un cours normal de l’année scolaire. Les élèves de l’école publique, sans les moyens de trouver un encadrement de qualité à domicile, sont au gré du hasard de la chance et prient de tomber à l’examen ou en composition sur des épreuves abordables. 
 
SAINT - LOUIS : Entre inquiétude et désolation
 
Les récentes grèves répétitives de syndicats d’enseignants avaient fortement perturbé le quantum horaire des enseignements au niveau des établissements. Un bras de fer qui est aujourd’hui à l’origine du réaménagement du calendrier scolaire 2017-2018. Une décision qui n’arrangerait pas certains candidats aux examens 
 
Yérim Ndiaye et Gorgui Fall sont deux élèves en classe de 3ème au collège Télémaque Sow de SaintLouis. Interrogés sur la question du réaménagement du calendrier scolaire, les deux candidats à l’examen du Brevet de fin d’études moyens (Bfem) expriment tout simplement leur inquiétude et désolation. Idem aussi pour certains candidats au Bac rencontrés dans cette ville tricentenaire. Un sentiment de désolation à cause des multiples grèves répétitives d’enseignants qui avaient presque fini de paralyser le système éducatif sénégalais. Celles-ci ont en effet fortement perturbé le quantum horaire des enseignements et les élèves sont restés plus dizaines de jours sans faire cours. D’où leur inquiétude aujourd’hui par rapport aux examens qui se profilent à horizon. Ils craignent tous pour leur avenir qui risque d’être hypothéqué. « Ce réaménagement de notre calendrier scolaire ne nous arrange nullement mais nous n’avons pas le choix. Nous avons perdu de temps avec ces récentes grèves de nos enseignants », grognent les deux candidats qui révèlent que leur programme scolaire n’est même pas encore bouclé. « Nous n’avons terminé aucune de nos matières car plusieurs de nos enseignants ne faisaient pas cours, lors des grèves. C’est pourquoi nous sommes obligés de beaucoup réviser pour nous en sortir par rapport aux examens, notamment les examens blancs », poursuivent les deux candidats. Selon eux, ces examens risquent d’empiéter sur leurs vacances. Et c’est tout leur temps qui sera pris par les enseignants. Comme pour dire que ce réaménagement du calendrier scolaire n’est pas le bienvenu chez les candidats aux différents examens ici, dans la capitale du Nord. 
 
KOLDA : La météo va imposer la fin de l’année scolaire
 
Impossible de faire cours dans des abris provisoires en période hivernale au Fouladou. Même certaines écoles construites ne peuvent accueillir des élèves dès les premières gouttes d’eau. Pendant ce temps de doute sur le déroulé des examens, les enseignants ont pris les dispositions pour poursuivre les cours malgré la grève
 
Difficile de poursuivre l’année scolaire quand la pluie s’annonce au Fouladou, Kolda. La plupart des écoles et établissements sont en abris provisoires. La météo régente obligatoirement certaines réalités. Les huttes ne peuvent résister aux dégâts des pluies, même si les responsables de l’académie ont pris en charge cette question en autorisant les chefs d’établissements de prendre des mesures nécessaires. Les autorités académiques ont procédé d’abord au réaménagement des compositions en retenant la date du 9 juillet prochain. Toutefois, il faut noter que la plupart des collèges sont en train de préparer ces évaluations, à partir du 11 juin. Pour l’élémentaire, ce sera à partir de 20 juin pour le démarrage des compostions. Pour s’assurer de la bonne mise en œuvre des mesures prises, les directeurs d’établissements ont prévu de tenir, ce mercredi, une réunion pour confirmer sur ces évaluations. A Kolda, la plupart des enseignants qui avaient des classes d’examens ont fait moins de grève. Cette situation est valable au niveau des collèges et lycées. Certains professeurs qui avaient en charge des classes de terminales ont fait des efforts pour ne pas pénaliser leurs candidats. Reste le cas des écoles qui vont être inondées dès les premières gouttes de pluie. Comme l’école de Gadapara. Dans cette localité, les parents et enseignants ont pris les mesures pour faire les dernières évaluations. En effet malgré la grève, certains établissements avaient pu tenir correctement leurs évaluations dans les collèges comme au primaire. Autre réalité au Fouladou est l’agriculture. Certains parents refusent de laisser leurs enfants aller en classe dès les premières pluies. A l’image d’Ibrahima Baldé de Sare Goundo : « Nos enfants doivent apprendre aussi à cultiver la terre. C’est important pour leur avenir ». 
 
SEDHIOU : Les acteurs, entre scepticisme et abnégation !

 
Le réaménagement pour deux semaines de plus du calendrier scolaire trouve certes l’assentiment de nombreux citoyens de Sédhiou mais à côté, certains soutiennent que ce créneau horaire ne représente qu’« une goutte d’eau dans la mer » arguant que le temps perdu est énorme alors que l’hivernage, déjà imminent, n’offre point d’autre option outre mesure, soutient-on dans la capitale du Pakao
 
L ’option de l’Etat du Sénégal de réaménager l’année scolaire et le calendrier des examens et concours, suite aux nombreuses perturbations des enseignements/apprentissages, est diversement appréciée à Sédhiou. Mamadou Barry, un enseignant à la retraite, n’y voit aucun inconvénient : « j’adhère à ce prolongement de l’année scolaire de deux semaines car les grèves ont été nombreuses et nos enfants sont les seuls perdants dans ce bras de fer ». Mme Dieng Fatou Diouf est d’avis, elle, que cette option peut donner une chance aux élèves de s’approcher de l’essentiel : « on a connu des grèves cycliques et c’est tout à fait normal de prolonger quelque peu l’année scolaire pour donner une autre chance à nos enfants. Et si on veut obtenir des résultats, il faut un peu de sacrifice et donc un don de soi de la part de chacun ». En revanche, Robert Bob Bellarmin Diandy, professeur au CEM 3 de Sédhiou, trouve que le rajout de temps est très peu pour rattraper le quantum horaire. « Dans la région de Sédhiou, le mot d’ordre de grève a été très largement suivi depuis janvier 2018. Et s’il faut prolonger les cours de deux semaines, ce n’est vraiment pas ce qui va changer les choses. Il y a un fort taux d’abris provisoires et ce prolongement risque de ne pas produire les résultats escomptés », dira-t-il. Boubacar et Ansou, respectivement élèves au collège Amadou Mapathé Diagne et au nouveau lycée de Sédhiou, trouvent pour leur part que « ces grèves ont causé trop de préjudices et il ne reste plus qu’à recoller le reste de l’année, mais nous, élèves, sommes les plus grands perdants ». Bana, une élève en classe de Terminale, est d’avis que « si les cours sont accélérés, on peut combler légèrement le gap ». Au niveau des écoles, les chefs d’établissement ont procédé à des réaménagements internes conformément aux propositions des inspecteurs d’académie validées par le ministère de l’Education nationale pour s’adapter à cette situation nouvelle. « Nous avons défini un planning qui cadre avec ce nouveau découpage proposé par les inspecteurs d’académie et validé par le ministre de l’Education nationale. Nous avons commencé la distribution des bulletins de composition et à partir du 20 juin, nous serons en composition du second semestre », a déclaré Lamine Mané, le proviseur du lycée Ibou Diallo de Sédhiou. Et de poursuivre : « nous avons décliné la feuille de route aux enseignants pour qu’ils fassent au moins deux évaluations d’ici là. Nous sommes déjà à pied d’œuvre et tout est prêt pour que tous les élèves puissent être évalués, que les compositions puissent se tenir à date échue et que tous les dossiers soient prêts pour les examens ». En tout état de cause, le préjudice engendré par ce bras de fer a démobilisé les acteurs et déconstruit des mécanismes de patriotisme, d’où l’appel des populations à une solution durable à l’apaisement de l’espace scolaire. 
 
DIOURBEL : Le public jubile, le privé proteste !
 
Les élèves sont partagés sur la question du réaménagement du calendrier scolaire. Si certains élèves des écoles publics saluent le fait que les dates des examens soient décalés, en revanche, d’autres notamment du privé estiment que ce réaménagement risque de perturber leur programme et les pousser à désapprendre. 
 
Les avis sont partagés sur le réaménagement du calendrier scolaire. Ndiogo Yingou, élève en classe de BEP première année, au lycée technique, Cheikh Ahmadou Bamba de Diourbel explique : «cette année, il y a beaucoup de perturbations dans le milieu scolaire. On avait l’habitude de terminer les classes très tôt. Nous pensons qu’il est bon qu’on prolonge l’année scolaire pour permettre aux élèves de s’en sortir, à cause de la récurrence des grèves». Balla Moussa Ba, son camarade de classe, renchérit en confiant pour sa part que «la grève des élèves et celle des enseignants n’a pas permis de terminer le programme scolaire des élèves». Des discours qui tranchent d’avec ceux des élèves du privé. Ces derniers estiment qu’il fallait organiser deux sessions. La première devrait se tenir au mois de juin et l’autre au mois de juillet ou août. Ndeye Fatou Sèye élève en classe de 3ème dans une école privée de la place soutient que le réaménagement constitue une difficulté pour les élèves surtout des écoles privées. «Nous sommes affectés par les grèves et les débrayages des enseignants. L’Etat doit veiller sur l’éducation de ses enfants. Nous voulons que les dates des examens soient maintenues» tranche-t-elle. Pour Sokhna Faty Diakhaté, du groupe scolaire Keur Khadim (privé), «ce n’est pas normal» que l’année scolaire soit prolongée aussi dans le privé. Selon elle, «les élèves des écoles privées ont suivi correctement les cours et on nous a dit que la date de l’examen du BFEM a été reculée. Un tel report risque de nous conduire à désapprendre».